Un prêtre chez les détectives

Il était urgent de faire redécouvrir au public l’oeuvre majeure de Gilbert K. Chesterton, les enquêtes du père Brown. C’est ce que nous proposons, dans une nouvelle traduction coordonnée par Jean-Luc Houdu, qui présente chacune des enquêtes dans des préfaces inédites.

Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) par la variété de son œuvre (il fut journaliste, poète, romancier, biographe) et son originalité, est depuis toujours considéré comme l’un des plus  grands écrivains de son temps. Un esprit délié, libre et curieux plane sur ses mots ; il se joue de la raison, se veut paradoxal, pour mieux faire toucher du doigt ce que l’on ne peut voir si l’on ne hausse pas son point de vue à un niveau où les apparences s’effacent pour révéler la vraie nature des choses et des idées.  Sa légèreté n’est que le véhicule d’un regard perçant qu’il nous invite à partager.

Et lorsque Chesterton écrit des nouvelles policières, il va de soi que les apparences seront comme à son habitude malmenées, bousculées, retournées et finalement décryptées par un esprit certes brillant, mais aussi — et avant tout — clairvoyant et bienveillant. À bien des égards, son détective (paradoxal, cela va sans dire) est un reflet de sa propre personnalité : en en faisant un homme d’Église, le créateur du père Brown le charge d’une toute autre mission que celle de redresser les torts, punir les crimes et venger les victimes. Car voir au-delà de ce que l’on voit, c’est-à-dire littéralement contempler l’invisible, c’est avant tout s’intéresser à l’esprit des choses, et à l’âme des protagonistes des histoires qui se tissent dans ces nouvelles. Le père Brown certes traque le mal, mais pour mieux accompagner le bien ; il regarde au-delà des apparences, sépare le bon grain de l’ivraie mais n’a finalement que faire des juges d’ici-bas. Sa finesse, son esprit délié et son regard acéré ne sont que les outils d’une introspection au cœur du monde et des êtres.

Voici donc un romancier qui d’un ton léger nous invite à redécouvrir le monde pourvu que l’on adopte un point de vue différent, un angle d’appréhension du monde plus ouvert… L’œuvre de Chesterton toute entière est imprégnée de cette sereine subversion qui oblige le lecteur à mouvoir son esprit dans un apparent labyrinthe de paradoxes et de jeux de miroir, au bout duquel se trouve une vérité dont l’évidence ne nous apparaît que parce que l’on a bien voulu suivre les pas de l’auteur… ou ceux du père Brown.

Pour découvrir la première enquête du père Brown, suivez ce lien !

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