Robin des Bois

La diffusion du spectacle musical « Robin des Bois » sur M6 cette semaine, après son succès en salle, sont la manifestation évidente de la vitalité de ce personnage authentiquement populaire.

En effet, il fait régulièrement son « come-back » à la télévision et au cinéma, en bande dessinée… Redresseur de torts, protecteur des opprimés, terreur des riches et providence des pauvres, Robin Hood suivi de ses compagnons (on ne l’imagine pas sans Petit-Jean ou le frère Tuck) poursuit sa carrière de justicier au grand cœur.

Avec les chevaliers de la Table ronde ou, sous une autre forme, Gargantua ou Fanfan-la-Tulipe, il est l’exemple d’une tradition orale qui finit par prendre pied, avec la complicité d’auteurs populaires, dans l’histoire et la réalité.

Car personne n’a inventé Robin des Bois — ou plutôt, tout le monde l’a inventé. Héros de balades, de poèmes ou de contes populaires, anonymes et cent fois répétés, dès le XIIIe siècle probablement, les premières traces écrites de ce brigand au grand cœur remontent au XIVe siècle. D’abord indécise, oscillant entre le récit des exploits d’un bandit sanguinaire à la figure d’un justicier, sa figure légendaire par s’unifier autour du personnage que nous connaissons. Dans le même temps ses compagnons prennent corps, et si tous n’ont pas accédé à la même notoriété, les principaux sont encore bien connus du public : Petit-Jean, Will Scarlet, le frère Tuck entourent habituellement notre éternel héros.

D’abord imaginé par le peuple pour se venger des nombreux impôts et taxes auquel il est soumis par une aristocratie d’origine normande, depuis la conquête par Guillaume le Conquérant, c’est sous l’impulsion de deux génies de la littérature populaire qu’il prendra pied dans l’Histoire. Walter Scott d’abord, dans Ivanhoé, lui donne à partir de la tradition, un environnement historique plus sûr. Alexandre Dumas, qui assura la traduction du chef d’œuvre de l’écrivain anglo-saxon, contribuera à cet encrage.

L’influence des romanciers du XIXe siècle qui se sont saisis du personnage est si grande, que le mythe s’est transmis sous cette forme (avec le prince Jean et Richard-Cœur-de-Lion) jusque dans ses adaptations les plus modernes.

Pour ne retenir que l’une d’elles, la plus magistrale et la plus magique pour la génération dont je fais partie, évoquons Les aventures de Robin des Bois » produit par la Warner en 1938, Michael Curtiz aux commandes. Outre que c’est l’un des tous premiers films en couleurs, il met en vedettes deux acteurs qui alors ont « le vent en poupe » et ont l’habitude de tourner ensemble : Errol Flynn, alors au sommet de sa gloire, et Olivia de Haviland. Une grande amitié semble avoir toujours prévalu entre eux ; et malgré la mésentente entre Warner et Flynn, celui-ci semble avoir gardé de son « Robin des Bois » de bons souvenirs. Il assure d’ailleurs dans ses mémoires avoir assuré lui-même les cascades. Quelques plans de coupe laissent penser le contraire, mais l’engagement d’Errol Flynn est sincère et transparaît à l’écran.

Le film est l’adaptation d’une opérette de 1890, elle-même fort influencée par les ouvrages précités.

De nombreuses adaptations ont suivi, avec plus ou moins de succès, du « Prince des voleurs » mettant en scène un Kevin Costner alors lui aussi au sommet de sa gloire, ou un plus étrange et déroutant « Robin des bois » de Ridley Scott interprété par le solide Russel Crowe. Ce dernier film tente de réécrire les origines du mythe, le sacrifiant au passage sur l’autel d’un réalisme historique passablement surjoué.

Nous vous invitons, à travers le « Robin des Bois » que nous éditons, à renouer avec cette tradition populaire, à laquelle Louis Dispan de Floran a puisé pour reconstituer et unifier les histoires qui chantaient autrefois, au coin du feu, les exploits de cet impertinent hors-la-loi qui vengeait les siens d’une pression fiscale excessive… Vous serez séduits, avides lecteurs, par la langue délicieusement surannée qu’a su retrouver cet universitaire éclairé pour retrouver un ton plaisant, à mi-chemin du conte et de l’épopée.

Toute ressemblance avec une époque plus contemporaine, serait sans doute… la preuve ultime que certains mythes populaires sont non seulement éternels, mais essentiels.

 

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