En avril 1730, s’éteignait l’un des écrivains anglais les plus attachants, l’un des plus célèbres aussi : Daniel Defoe. C’est pourquoi nous en dirons un mot (outre que nous lui avons emprunté le nom de l’une de nos collections.)

Qui ne connaît pas le célèbre Robinson Crusoë, ce naufragé qui passa 28 ans sur une île déserte, rejoint par le fidèle Vendredi ? Le succès du roman de Defoe a créé un véritable archétype, qui continue de se décliner dans toute la culture populaire, du Robinson Suisse au Naufragé de l’espace. Télévision et cinéma se sont emparés du personnage… Mais en réalité le séjour de Robinson sur son île n’est qu’une partie de ses aventures. Je vous invite à en découvrir l’intégralité : mais ce n’est guère facile, la plupart des rééditions du roman étant en partie tronquée.

Le séjour de Robinson sur son île, beaucoup le savent, n’est pas né de l’imagination de Defoe. Il s’est inspiré en grande partie de l’histoire d’Alexandre Selkirk, marin anglais qui fit un séjour de quatre ans sur une île déserte. Defoe reprit quelques épisodes de ses mémoires ; mais il fit du séjour de Robinson un grand conte philosophique ; alors que dans la réalité, quand Selkirk fut recueilli, il avait perdu l’usage de la parole… Nous y reviendrons bientôt.

Daniel Defoe ne fut pas seulement écrivain, et sa vie est à elle seule un véritable roman. Homme politique, agent secret, tour à tour adulé et persécuté par le pouvoir en place, c’est sur le tard qu’il s’assagit pour ne plus faire qu’écrire.

Et quel écrivain ! Il embrassa la littérature avec passion et gourmandise, et aussi avec profondeur et recul. Ses personnages sont souvent ambigüs, voire amoraux, mais en même temps attachants. Romans, récits, mémoires, reportages, se bousculent dans une bibliographie pléthorique et roublarde. Outre Robinson, on lui doit une Histoire générale des pirates (publiée sous le nom de capitaine Johnson) longtemps copiée, reprise et considérée comme argent comptant. C’est dans cet ouvrage que Defoe forge la légende de Libertalia, la république pirate qu’aurait fondée le forban Misson. On sait maintenant que l’épisode est apocryphe ; cependant il fera de nombreux émules parmi les historiens des pirates (y compris les plus sérieux).

On l’aura compris, l’œuvre de Defoe oscille constamment entre réalité et fiction, dans un numéro d’équilibriste parfait dont seuls ont le secret les grands auteurs…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *